Profession du père de Sorj Chalandon

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L’avis de la Plume Baroque :

Ce récit, c’est l’histoire d’Emile Choulans, un enfant unique d’une dizaine d’années et d’origine modeste qui vit dans un appartement, avec ses deux parents.

Nous faisons rapidement la connaissance de la mère d’Emile, une femme passive qui est largement dominée, comme le reste de la famille, par la tyrannie d’André, le père de famille.

André Choulans est un personnage, un tyran violent qui n’hésite pas à frapper et à battre sa femme et son fils. Pour quelles raisons ? Mauvais comportement, mauvaises notes, etc. Toutes les raisons sont bonnes pour André. Personne n’a le droit de s’asseoir sur son canapé, dans son salon, se trouvant lui-même dans son appartement. Sa femme et son fils sont soumis à son bon vouloir, à sa personnalité tyrannique et à ses propres normes totalement ahurissantes : aucun droit de visite, aucune sortie, mépris total pour la société et j’en passe.

Bref, difficile pour un enfant de grandir dans cet environnement infâme. Mais puisque cela ne suffit pas, Emile doit de plus subir la profession de son père.

En pleine période de guerre d’indépendance algérienne, le père d’Emile ressent une haine viscérale à l’égard de Charles de Gaulle. André prône une Algérie française et fustige le traître général. Retournement de situation car nous apprenons qu’André était, auparavant, une sorte de conseiller personnel du général.

La folie du père n’a pas de bornes. Il entraîne son fils dans ses propres délires et l’initie à la défiance du pouvoir. Il lui raconte l’OAS, lui parle de son parrain Ted qui est dans la CIA et qui protège personnellement Kennedy. Il embrigade son fils en lui faisant poster par courrier des menaces de mort ou encore écrire « OAS » sur les murs de la rue et de son école, à la craie.

Emile n’a pas tellement le choix, il subit tout cela et croit tout ce que son père lui raconte, un père qui demande à son fils, quand l’école lui demande de donner sa profession de répondre : « sans profession ». Mais quelle est donc ce fameux métier ? Agent secret au service de l’OAS ?

La mythomanie. André est un mythomane pur souche au passé glorieux, lui qui fut parachutiste, footballeur professionnel, ceinture noire de judo, espion, pasteur, etc. Un mythomane qui tente de tromper tout son monde, sa famille en premier. Si sa femme semble connaître son mari et rentrer dans son jeu pour ne pas le froisser et accroître son niveau de violence, son fils en fait directement les frais.

Des mauvais résultats scolaires, des coups à n’en plus finir, Emile va par la suite devenir mythomane également en embrigadant, dans sa lutte pour une Algérie française, un camarade de classe, reproduisant ainsi les actes et pratiques de son propre père, s’enfonçant dans les affres du mensonge :

« Pourquoi lui avais-je parlé de la fille du chef ? Quelle fille ? Et pour en faire quoi ? J’étais triste. J’avais peur. J’avais l’impression d’une route en pente, et de moi qui glissais. Je dévalais, je roulais comme un tronc d’arbre. Je ne pouvais plus m’arrêter. »

J’ai littéralement dévoré ce livre. Si certains passages sont particulièrement violents, les châtiments du père à son fils sont parfois difficilement soutenables, ce récit n’en est pas moins agréable à lire et à découvrir. L’aspect psychologique et sociologique du livre sont particulièrement bien traités, que ce soit du point de vue du père, de la mère ou du fils.

Le style de l’auteur est épuré, les chapitres s’enchaînent avec intérêt, le sort d’Emile Choulans nous tient en haleine du début à la fin.

Je conseille vivement ce livre qui saura vous faire plonger dans une maladie aux conséquences dévastatrices : le mensonge pathologique.

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Résumé de l’éditeur (Le Livre de Poche) :

Mon père disait qu’il avait été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958.

Un jour, il m’a dit que le Général l’avais trahi.
Son meilleur était devenu son pire ennemi.
Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
A 13 ans, c’est drôlement lourd un pistoler.
S. Ch.raccoon-nico

 

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2 réflexions sur “Profession du père de Sorj Chalandon

  1. Bien aimé aussi pour ma part. Mais j’ai l’impression que tout était parfaitement calculé, comme une commande réalisé parfaitement. Le lecteur est obligé d’aimer… Je ne sais pas si je suis très clair. Quelque chose m’a gênée à ce niveau. Mais c’est un très bon livre !

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