Le feu d’Henri Barbusse

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L’avis de la Plume Baroque :

La lecture d’un monument de la littérature de guerre ne laisse jamais indemne. Après La peur de Gabriel Chevallier, j’ai une nouvelle fois souhaité me plonger dans l’horreur des tranchées de la Grande Guerre, la der des ders.
Henri Barbusse a remporté avec Le feu le prix Goncourt 1916, un récit autobiographique horrifiant, macabre, révoltant, un récit qui a dérangé de nombreux individus à sa sortie, une réaction toujours provoquée par des vérités qui dérangent.

Avec ce livre, Henri Barbusse retrace ses deux ans de combats en première ligne, au milieu même de l’innommable. Quotidien dans les tranchées, charges mortelles contre les lignes allemandes, bombardements à n’en plus finir, l’auteur insiste surtout sur les scènes de vie des membres de son escouade.

Car la guerre est faite par des hommes, c’est cela qu’Henri Barbusse a souhaité raconter. Le « Je » est très peu utilisé dans ce livre, l’auteur attachant plus d’importance à son rôle d’observateur et de conteur. Les anecdotes fleurissent et contribuent à la constitution d’un tableau de la première guerre mondiale peu reluisant.

Difficile de retranscrire en quelques mots les sensations transmises par l’auteur à travers ces quelques 500 pages.
Les codes de la véritable littérature de guerre, celle des combattants, sont tous présents : conditions de vie inhumaines, quotidiens jonchés de morts et d’horreurs, décalage abyssale entre ce qui est vécu sur le front et la vie à l’arrière, peur de la mort, haine envers les faiseurs de guerre et traumatismes physique et moral.

Henri Barbusse est un littéraire, licencié ès Lettres, il s’engage comme volontaire à 41 ans. Sa plume est admirable, les descriptions vous glacent le sang tant ses talents de conteur vous permettent une immersion totale. En lisant ce livre, comme pour La Peur de Chevallier, j’avais l’impression d’être un poilu, trempé jusqu’aux os dans une guitoune à attendre mon heure, à compter les morts de mon escouade et à pester contre le manque de nourriture, le manque de confort, le manque de tout.

Ce qui renforce cette immersion, c’est la volonté de l’auteur de retranscrire les dialogues comme ils se sont déroulés, sans fioritures ni travail de réécriture. Cela avait été demandé par un de ses frères d’armes dans le livre, un passage que j’ai trouvé très touchant :

« Dis donc, sans t’commander… Y a quéqu’chose que j’voudrais te d’mander. Voilà la chose : si tu fais parler les troufions dans ton livre, est-ce que tu les f’ras parler comme ils parlent, ou bien est-ce que arrangeras ça, en lousdoc ? […] Si tu ne le dis pas, ton portrait ne sera pas r’ssemblant : c’est comme qui dirait que tu voudrais les peindre et que tu n’mettes pas une des couleurs les plus voyantes partout où elle est. […] Quoique je ne m’y connais pas en livres, c’est courageux, ça, parce que ça s’fait pas, et ce sera très chic si tu l’oses ».

Aucun livre d’Histoire ne sera suffisamment réaliste et proche de ce qui s’est réellement passé. Je conseille donc ce livre à toutes les personnes intéressées par la littérature de guerre car Le feu est un chef d’oeuvre. Une lecture qui vous changera très certainement.

Un petit conseil, certains passages sont à éviter pendant l’heure des repas ou pendant la digestion :
«  Il y a des mois que la mort leur a crevé les yeux et dévoré les joues – mais même dans leurs restes disséminés, dispersés par les intempéries et déjà presque en cendres, on reconnaît les ravages des mitrailleuses qui les ont détruits, leur trouant le dos et les reins, les hachant en deux par le milieu. A côté de têtes noires et cireuses de momies égyptiennes, grumeleuses de larves et de débris d’insectes, où des blancheurs de dents pointent dans des creux […] ».

J’ai retenu des dizaines de citations toutes plus fortes les unes que les autres. Je terminerai cette présentation par l’une d’entre elles, piochée au hasard :

« Et chaque chose qu’on a vue était trop. On n’est pas fabriqué pour contenir ça… Ca fout l’camp d’tous les côtés ; on est trop p’tit. »

couverture Le Feu Henri Barbusse - folio.jpg

Résumé de l’éditeur (Collection Folio) :

«– Ils te diront, grogna un homme à genoux, penché, les deux mains dans la terre, en secouant les épaules comme un dogue : ‘‘Mon ami, t’as été un héros admirable!’’ J’veux pas qu’on m’dise ça!
Des héros, des espèces de gens extraordinaires, des idoles? Allons donc! On a été des bourreaux. On a fait honnêtement le métier de bourreaux. On le r’fera encore, à tour de bras, parce qu’il est grand et important de faire ce métier-là pour punir la guerre et l’étouffer. Le geste de tuerie est toujours ignoble – quelquefois nécessaire, mais toujours ignoble. Oui, de durs et infatigables bourreaux, voilà ce qu’on a été. Mais qu’on ne me parle pas de la vertu militaire parce que j’ai tué des Allemands.»

Prix Goncourt en 1916, Le feu est le témoignage poignant de l’horreur des tranchées par un survivant. Il reste un chef-d’œuvre de la littérature de guerre.raccoon-nico

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