Moderato cantabile de Marguerite Duras

touches de piano photo

L’avis de la Plume Baroque :

Le roman de Duras s’ouvre sur la leçon de piano d’un jeune garçon qui abhorre la discipline et rechigne, comme tous les vendredis, à obéir à son professeur. Mais ce vendredi, les trois personnages sont témoins d’un crime passionnel perpétré en bas de l’immeuble. Le lecteur comprend bien vite que celui qui sera surnommé tout au long du roman « l’enfant » n’est qu’un prétexte aux sorties de sa mère dans un café où elle rencontre un ancien employé de son mari, Chauvin, avec qui elle tente de noyer sa solitude dans l’alcool. Alors qu’Anne Desbaresdes tente d’en savoir plus sur le crime passionnel auprès de l’homme qu’elle vient de rencontrer, celui-ci lui dévoilera petit à petit d’autres réponses.

Une fois de plus conquise par l’écriture elliptique de Marguerite Duras, Moderato cantabile offre au lecteur un roman rythmé par les rencontres d’Anne et de Chauvin qui se parlent sans réellement s’entendre. Anne aimerait en savoir plus sur le crime passionnel dont elle a été témoin, Chauvin profite paradoxalement de ses questions pour lui révéler ce qui semble être une passion qu’il entretient pour la femme de son supérieur. Amour, désir, folie, le lecteur ne saura définir réellement ce qu’attend Chauvin d’Anne Desbaresdes.

Le refrain se répète inlassablement, celui de la cloche qui sonne, annonçant l’arrivée des ouvriers au café et la séparation inéluctable des amants platoniques, la patronne range son tricot, lave des verres, Anne, noyée dans le vin, peut désormais regagner sa riche solitude.

Comme une mise en abyme de sa propre vie, la conversation apparemment décousue du couple nous informe sur le destin d’Anne. Elle apprend que l’assassin a tué la femme à sa demande, « pour lui plaire », comme Chauvin, épris d’Anne, la tue petit à petit, par l’alcool, par cette solitude partagée, par la révélation de son adultère à la fin du roman, les amants ne prenant plus la peine de s’échapper lorsque les ouvriers gagnent le café.

La fascination d’Anne pour ce crime jette un flou sur la nature de sa relation avec l’ouvrier. Anne s’ennuie, ne se sent pas à sa place dans le faste de son quotidien et bien qu’entourée de nombreuses connaissances lors de dîners quotidiens, elle semble attendre, autre chose, quelqu’un d’autre, lui, celui avec qui elle pourra elle aussi mourir, d’ivresse, d’amour, tout au moins du fantasme d’être cette femme tuée par passion. Comme un scénario écrit par Anne, comme une mélodie qu’elle s’efforce de reproduire avec ses propres gammes, l’issue de la relation des deux amants semble tronquée par ce désir incessant de correspondre à ce couple idolâtré.

Moderato cantabile de Marguerie Duras Editions de Minuit

Le résumé de l’éditeur (les éditions de minuit) :

«  Qu’est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ?
– Je ne sais pas. »
Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d’une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d’apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu’au paroxysme final.
« Quand même, dit Anne Desbaresdes, tu pourrais t’en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c’est facile. »

A découvrir sur notre blog, nos précédentes chroniques sur les oeuvres de Marguerite Duras :  » Le ravissement de Lol V. Stein  » et  » L’Amant « .cat-soso

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4 réflexions sur “Moderato cantabile de Marguerite Duras

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