Antispéciste d’Aymeric Caron

spécisme - antispécisme - végétarisme et végétalisme

L’avis de la Plume Baroque :

Difficile de donner un avis court et concis à propos d’un livre aussi riche et détaillé qu’Antispéciste, premier livre d’Aymeric Caron que je découvre après l’avoir vu à plusieurs reprises défendre notamment la cause animale durant l’émission « On n’est pas couché ».

L’antispécisme, c’est un idéal, une façon de vivre, de penser, une doctrine qui concerne chacun des êtres vivants de cette planète mais qui s’avère pourtant méconnue du grand public. Etre antispéciste, c’est considérer qu’aucune espèce animale, les êtres humains y compris, n’est supérieure à une autre. En clair, aucune hiérarchie ne peut être effectuée entre humains, chiens, chats, cochons, poules, mouches, fourmis ou encore baleines.

Nul effet de mode, l’antispécisme s’inscrit également dans un contexte environnemental alarmant où notre mode de vie destructeur partagé par un nombre toujours plus important d’individus conduit à l’utilisation abusive des ressources naturelles de notre planète et à la mort de plusieurs milliards d’animaux par an, pour nous nourrir.

Aymeric Caron aborde ce sujet de façon intelligente, il tente de s’adresser à un large lectorat en expliquant les fondements de sa réflexion sur le sujet mais reprend surtout les fondements de ce mouvement avec ses fondateurs, à l’image de Peter Singer. Ouvrage très recherché où l’on sent que l’auteur n’a pas fait qu’effleurer le sujet ; riche d’une bibliographie digne d’un article scientifique, Aymeric Caron souhaite aborder le sujet sous toutes ces formes.

Il n’hésite pas à prendre comme exemple les premiers défenseurs des animaux, d’illustres artistes et philosophes qui avaient, des siècles auparavant, d’ores et déjà amené l’idée que la protection de tous les êtres vivants était primordiale. De Victor Hugo à Montaigne, en passant par Albert Schweizer, Jean-Paul Sartre, Emile Zola ou encore Gandhi, Caron souhaite nous montrer que le végétarisme, le végétalisme et l’antispécisme ne sont pas le résultat d’un effet de mode.

Dans une première partie, Aymeric Caron a souhaité nous montrer à quel point l’être humain fait partie intégrante de la biodiversité, un animal au même titre qu’un cheval ou qu’un gibbon. Ainsi, nous avons tous un ancêtre commun, l’évolution et la sélection naturelle ont fait le reste. Il nous aide à comprendre que les Hommes ne sont pas des êtres supérieurs ayant le droit d’asservir tout autre être vivant sous prétexte qu’il se croit au-dessus des autres et donc, spéciste.

Evoquant la sphère de considération morale, Caron nous décrit l’histoire de nos civilisations. Les Hommes grecs et romains se trouvant au centre de cette sphère de considération. Celle-ci s’est ensuite élargie aux étrangers, puis aux esclaves. Bien des années après, les femmes et les homosexuels ont également intégrés cette sphère de considération morale. Caron incite donc le plus grand monde à élargir sa sphère de considération morale aux animaux non-humains nous expliquant ainsi que l’antispécisme n’est autre que la suite de logique de l’abolition de l’esclavage, de la condamnation du racisme, du sexisme ou de l’homophobie.

Les animaux non-humains sont également intelligents et, de surcroît, utiles à notre planète. Pourquoi donc un homme aurait plus de légitimité à vivre qu’une abeille, qu’un ver de terre ou qu’une chauve-souris? Les humains n’apportent rien à la biodiversité si ce n’est la destruction des espèces vivantes et la surexploitation des richesses de notre terre, nous sommes donc considérés comme des êtres nuisibles. Caron ne prône pas l’éradication de l’espèce humaine, au contraire, en tant que véritable humaniste et antispéciste, il estime que l’Homme a sa place sur terre mais qu’il ne doit pas vivre aux dépends d’autres animaux qui sont, tout comme nous, habités par ce « vouloir-vivre » qui dicte notre vie. Pour Aymeric Caron, « l’antispécisme est un nouvel humanisme ».

L’auteur fustige de nombreux acteurs de notre société qu’il juge coupable de l’exploitation abusive des animaux non-humains. Que ce soit les industries agricoles et alimentaires, les grandes surfaces, les journalistes ou les politiques, tous ont leur part dans cette pratique jugée irrationnelle par l’auteur.

Aymeric Caron reproche notamment aux politicards « écologistes » de revoir leur copie, il oppose « l’écologie molle », visible de nos jours avec des individus davantage intéressés par des ambitions politiques que par leurs prétendus idéaux, à « l’écologie essentielle » qui prône différentes doctrines comme « moins produire, moins se reproduire, mieux se conduire », qui rejette toute souffrance animale (il n’existe pas de méthode d’abattage respectueuse, toute exploitation animale moderne entraîne de la souffrance chez des êtres qui tiennent autant à leur vie que vous et moi). Aymeric Caron insère également l’idée d’une « biodémocratie », d’une « république du vivant » qui ne serait pas uniquement dévouée à l’espèce humaine mais étendue à tous les animaux.

Vous l’aurez bien compris, Antispéciste est un livre travaillé qu’il n’est pas simple de résumer tant son contenu est pléthorique. Si j’étais pour ma part d’ores et déjà conquis par l’antispécisme, ce livre m’a pourtant apporté de nombreuses connaissances à ce sujet. Le travail de l’auteur est considérable et pourra intéresser toute personne se questionnant sur ses propres habitudes alimentaires, sur sa place dans notre monde ainsi que sur son impact écologique. Si le but n’est pas exclusivement de changer la façon de penser des individus, cet ouvrage aura toutefois le mérite d’apporter des questions et de médiatiser un débat qui n’aura de cesser d’occuper notre société tant les thématiques abordées sont essentielles à notre planète et à notre façon de vivre.

Pour terminer, j’aimerais reprendre la citation de Zola qu’Aymeric Caron a utilisé. Une citation provenant d’un édito intitulé « L’amour des bêtes » et publié dans Le Figaro deux ans avant son mythique « J’accuse » :
« Pourquoi la souffrance d’une bête me bouleverse-t-elle ainsi ? Pourquoi ne puis-je supporter l’idée qu’une bête souffre, au point de me relever la nuit, l’hiver, pour m’assurer que mon chat a bien sa tasse d’eau ? Pourquoi toutes les bêtes de la création sont-elles mes petites parentes, pourquoi leur idée seule m’emplit-elle de miséricorde, de tolérance et de tendresse ? Pourquoi les bêtes sont-elles toutes de ma famille comme les hommes, autant que les hommes ? ».

Antispéciste d'Aymeric Caron aux éditions Don Quichotte

Le résumé de l’éditeur (éditions Don Quichotte) :

Antispéciste explore la génétique, la cosmologie, l éthologie, le droit et la
philosophie pour expliquer pourquoi nous sommes tenus aujourd hui d accorder certains droits fondamentaux aux animaux non humains sensibles. Mais cette extension de notre sphère de considération morale s inscrit dans une réflexion beaucoup plus large. En invitant à repenser le vivant et la place de l homme dans l univers, Antispéciste décrypte les
raisons de l échec de l écologie politique traditionnelle et propose un nouveau projet nommé l écologie essentielle, qui doit aboutir à une réforme constitutionnelle pour prendre en compte la valeur intrinsèque de tous les êtres vivants.
Antispéciste pose également des questions inédites : qui sont les animalosceptiques
? Pourquoi l antispécisme est-il un combat social ? Pourquoi Superman est-il un superhéros antispéciste ? Pourquoi le vrai but de l écologie est-il en réalité de faire sortir l homme de la nature ? Qu est-ce que la réduction de l empreinte négative ? Pourquoi les éleveurs ont-ils
intérêt à rejoindre les antispécistes ?
Antispéciste est un appel au soulèvement des consciences. Un appel à la révolte individuelle. Un appel à un nouvel humanisme.

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12 réflexions sur “Antispéciste d’Aymeric Caron

    1. Il a été difficile de ne pas trop s’emballer tant le thème est riche et inépuisable. Merci pour ce retour 🙂 Dommage que l’aspect commentaires ne permet de débattre de ce concept de façon plus poussé car l’intérêt du livre est également d’amener le débat et les réflexions.

      Aimé par 1 personne

  1. Je n’ai pas lu le livre mais je devrais; tant je partage la plupart des propos de Caron sur le sujet. Je l’ai vu sur l’émission de Ruquier, ONPC, défendant son livre. Il avait assuré. Merci en tout cas pour l’article.

    Aimé par 1 personne

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