Ô vous, frères humains d’Albert Cohen

portrait Albert Cohen noir et blanc

L’avis de La Plume Baroque :

Albert Cohen déploie sa plume incomparable pour relater son dixième anniversaire, ce jour de joyeuse liberté au cours duquel il s’est confronté à la violence, à la méchanceté dans sa plus pure expression.
Fasciné par la démonstration d’un camelot, l’enfant s’approche de lui pour acheter sa marchandise, mais le camelot le rejette violemment, reconnaissant en lui sa condition de juif.

Ô vous, frères humains d’Albert Cohen est le cri intérieur d’un garçon de dix ans, humilié dans toute son innocence, condamné par les murs qui lui criaient « mort aux juifs », un enfant qui ne demandait qu’à être aimé autant qu’il aimait.
L’enfant n’est plus, l’homme n’est plus, l’innocence n’est plus, seul le juif demeure et condamne le jeune garçon à subir les offenses et le mépris infligés à son peuple.
Cri de douleur, cri de colère, cri d’amour, Ô vous, frères humains est le souffle haletant de ce juif errant.

Aimer son prochain prend ici tout son sens et perd toute sa valeur tant la haine qui coexiste à ce principe est violente, virulente et gangrène la société qui entoure le jeune homme.
L’enfant vacille, doit-il se conformer à être méchant, comme l’exigent les Hommes des juifs ? Doit-il accepter d’être rejeter par un peuple qu’il aime tant ?
Tous ses principes sont ainsi remis en question. Il aimerait crier son amour pour la France, son amour des chrétiens, son amour pour l’Homme, mais il sent le regard accusateur de ceux qu’il croise dans les rues de Marseille.

Subjuguée par la plume et la véracité des mots employés par Albert Cohen, je ne peux que conseiller ce (court) roman dans lequel s’esquisse l’admirable auteur qui n’aura de cesse de donner une juste tribune au peuple juif dans tous ses romans.

Une citation vaut mieux que de longs discours :

« Je regarde ces yeux tristes qui me regardent dans cette glace devant moi, tristes yeux qui savent, moroses et mécréants, et soudain ils sont les yeux d’autres juifs qui viendront après moi, lorsque je n’y serai plus, des juifs tristes, aimable floraison, des juifs sans God Save the King, sans Marseillaise, sans Brabançonne, des juifs qui connaîtront l’offense lorsqu’ils auront dix ans.
Un jour, comme un que je connais, ils s’approcheront, sortant de leur école, ils s’approcheront du camelot qui, devant sa table, vend un détacheur universel. Et le camelot leur dira, comme il m’a dit, leur dira, tandis qu’ils seront tout emplis de crétine tendresse confiante, leur dira comme il m’a dit à moi le seizième jour du mois d’août de l’an mil neuf cent cinq, dixième jour anniversaire de ma naissance, car j’étais venu au monde, drôle d’idée, dix ans auparavant »

couverture o vous, frères humains d'Albert Cohen - folio

Résumé de l’éditeur (folio) :

Un enfant juif rencontre la haine le jour de ses dix ans.
J’ai été cet enfant.

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