Vendredi ou Les limbes du Pacifique de Michel Tournier

Ronbinson crusoé - affiche - photo - image - vendredi ou les limbes du pacifique defoe tournier

Difficile de donner un avis sur ce récit très riche de Michel Tournier. Étant un grand fan de Daniel Defoe et de son Robinson Crusoé, cela faisait un moment que je souhaitais découvrir la version de cet auteur qui nous a récemment quitté. Si ma précédente lecture de Defoe date d’il y a quelques années, je n’ai pu relier ces deux œuvres outre mesure, ce qui, je pense, est une bonne chose. 

Je vais vous présenter ici quelques points de ce livre qu’il me semble pertinent d’approfondir. J’ai fait le choix de séparer ce récit en cinq parties assez distinctes qui, je pense, correspondent à l’évolution du Robinson Crusoé de Michel Tournier.

Tempête et descente aux Enfers

La première partie du roman nous permet de faire la connaissance de Robinson Crusoé, un anglais échoué sur une île déserte après une terrible tempête ayant envoyé tout l’équipage de La Virginie au fond des eaux.
S’il met du temps à réaliser la teneur de sa situation, il se désole de son sort, se nourrit peu, tente de construire un radeau appelé « L’évasion » pour échapper à cette endroit appelé « L’île de la désolation ». Après avoir échoué, il va sombrer dans le désespoir et finir dans ce qu’il appelle la souille, de la boue utilisée par les cochons. Il se morfond dans ce mal être et frôle la mort en ne prenant plus soin de son alimentation.
C’est à la limite de sa propre fin que Robinson décide toutefois de se reprendre en main : « Il reprendrait en main son destin. Il travaillerait. Il consommerait sans plus rêver ses noces avec son épouse implacable, la solitude ».

L’île de la désolation devient Sperenza

Quand il décide de se relever de la souille, il reprend goût à la vie. Seul, Robinson va s’imposer un retour à la civilisation.
Pour ce faire, il va chaque jour s’occuper l’esprit en travaillant. Il dicte une charte, un code pénal, s’impose des punitions s’il ne respecte pas ses propres règles puis s’autoproclame gouverneur de l’île.
Il se met à l’agriculture, à l’élevage des animaux sauvages, construit une chapelle et voue un culte au livre des livres : la bible, seul ouvrage rescapé des eaux.
Il utilise une clepsydre afin de se repérer dans le temps, lui qui, auparavant, ne prenait pas compte des jours. Cet objet va réguler son quotidien et sa vie. Tous ces éléments propres à sa vie civilisée vont lui permettre de survivre comme si la perte de ses propres repères n’était pour lui que les prémices d’une fin proche.
Il s’enfonce petit à petit dans une relation avec son île. Celle-ci devient une personne, tantôt une mère, tantôt une femme. Référence à la mythologie, il va ainsi féconder l’île en ayant des rapports sexuels avec un arbre ou un sol mousseux et va s’émerveiller d’y voir pousser des plantes, des mandragores, qu’il considérera comme ses propres filles : « Robinson n’était-il pas le dernier être de la lignée humaine appelé à un retour aux sources végétales de la vie ? ».
Notre protagoniste trompe ainsi son quotidien avec un cadre commun pour l’Homme civilisé qu’il était auparavant. A partir d’un certain moment, ce cadre va néanmoins commencer à peser sur sa conscience, comme s’il se voilait la face à travers son travail : « Chacun de ses gestes, chacun de ses travaux était un appel lancé vers quelqu’un et demeurait sans réponse. »

Arrivée de Vendredi

C’est en souhaitant sauver sa vie que l’Homme appelé Vendredi par Robinson rencontra ce dernier. Voué à être sacrifié par ses congénères, il va décider de rompre le sort et de fuir. Robinson va le sauver et terroriser ses bourreaux par le biais de ses armes à feu.
Robinson n’est plus seul. Si Vendredi lui apparaît comme un être inférieur dénué d’intelligence, il va peu à peu le civiliser et l’intégrer à ces codes préalablement créés. Vendredi va comme qui dirait devenir son esclave, il va travailler pour lui mais va également chambouler son quotidien.
Si Robinson désespère de lui inculquer sa connaissance et le comportement d’un individu occidental, Robinson va tout de même se réjouir de cette présence humaine.
Vendredi va caractériser pour lui l’espèce humaine, il se plaira à l’observer par moment, non pas par attirance physique mais par simple désir d’observer un congénère. Une présence rassurante qui va pourtant susciter de la jalousie chez Robinson.
Vendredi va ainsi entretenir une relation charnelle avec l’île et c’est à la découverte d’une mandragore zébrée que Robinson va exploser, il va ainsi reprocher à Vendredi de lui voler sa relation intime, relation qu’il ne consommera désormais plus.

Destruction du stock de poudre

Cette volonté de Vendredi d’outrepasser les règles de Robinson, lui qui a vécu toute une vie sans codes prédéfinis va mener à la perte ce quotidien minutieusement réglé. C’est en fumant la pipe interdite de Robinson et en tentant de le lui cacher que Vendredi va faire exploser les barils de poudre, provoquant la destruction de toutes les habitations, des enclos à animaux et des créations de Robinson.
Cet événement n’aura toutefois pas l’effet destructeur escompté. Robinson va revivre une nouvelle fois avec la perte de ses repères. Il va prendre un vif plaisir à jouir de la vie sauvage comme Vendredi.
Il n’est plus question de travail, plus question de bible ni de hiérarchie. Vendredi est son égal voire son supérieur car lui seul sait comment profiter chaque jour d’une vie rythmée uniquement par le soleil.
Les plaisirs deviennent simples, primitifs, ils jouissent de leur vie pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle pourrait permettre.
La clepsydre a explosé et son mode de vie avec.

Retour à la civilisation ?

Un jour, au loin, un bateau anglais apparu, lui qui allait chambouler la vie de nos deux protagonistes.
Robinson ne tarda pas à demander à ses occupants venus chercher de l’eau douce la date du jour, lui qui n’avait pas un compte exact de la durée passée en ce lieu. Il eut la réponse, cela faisait 28 ans qu’il était sur cette île.
La rencontre de ses compatriotes ne va toutefois pas le ravir outre mesure. Habitué au silence, au plaisir de vivre et à la nature, il va être totalement abasourdi du comportement de l’Homme : l’enrichissement matériel, le vol, la violence. Tant de choses qui confortent Robinson dans l’idée de rester sur cette île, de continuer à jouir des plaisirs simples de la vie et d’éviter de retomber dans un quotidien qu’il abhorre tant, une fois éloigné de ce dernier.

Les limbes du Pacifique sont devenus son havre de paix, Sperenza sa terre nourricière et Vendredi son compagnon de vie, du moins, c’est ce qu’il croyait…

couverture Vendredi ou les Limbes du pacifique de Michel Tournier - folio

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10 réflexions sur “Vendredi ou Les limbes du Pacifique de Michel Tournier

  1. Quel article !
    Ce fut, je pense, le premier roman que j’ai lu. Je veux dire, le premier « vrai roman » que j’ai lu en entier, en 5ème. C’était assez perturbant à cet âge d’intégrer un tel monde, et de vouloir en savoir plus et encore plus.
    Et puis, Michel Tournier, c’était un bonhomme bien sympa. J’avais pu le rencontrer, il avait 80 ans passés, et encore des projets d’écriture dans la tête. Une sacrée personnalité !
    Ta chronique m’a donné l’envie de replonger dans cette œuvre et je crois que c’est ce que je vais faire, parce que plus que les souvenirs de jeunesse, je crois que ce genre de bouquins réveille une partie sauvage de nous et nous laisse nous évader pour quelques heures.

    Aimé par 1 personne

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