D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

masques humeur joie et tristesse

L’avis de la Plume Baroque : 

D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan relate l’histoire de l’écrivaine à la suite du succès de son dernier roman. Le lecteur y trouve non seulement une auteure dépassée par la vague déferlante de la notoriété mais également une femme hantée par le leitmotiv « que peut-on écrire après ça ? ».
Alors qu’il devient de moins en moins naturel pour elle de prendre la plume, la narratrice fera la rencontre de L., mystérieuse femme qui donnera un cours nouveau à sa carrière et à sa vision de la littérature.

Les personnes ayant lu mon bilan savent déjà que ce livre a été pour moi une grande déception.
Couronné du prix Renaudot, j’avais hâte de découvrir l’écriture de Delphine de Vigan ainsi que ce roman « biofictionnel ».
C’est pourtant pleine d’amertume que j’ai refermé le livre, et ce, pour diverses raisons.

Tout d’abord, j’ai été gênée par l’impression de fausse modestie présente dès les premières pages et qui ne cesse d’apparaître plus ou moins discrètement tout au long de l’histoire. Le roman débute par cette auteure bloquée entre le succès de son dernier livre qui la dépasse et son incapacité à écrire après cette grande réussite. Dès lors, il m’est apparu difficile de compatir pour le personnage de qui les soucis semblent bien insignifiants. En outre mais toujours lié au décalage que j’ai ressenti , le succès d’une œuvre détermine-t-elle réellement sa qualité ? L’auteur doit-il écrire pour le public et se conformer à ses attentes ? Cette vision que paraît poser le leitmotiv du roman est à l’antipode de ma vision de la littérature. L’écriture est avant tout personnelle, et si c’est en ce sens que devait être compris le blocage de l’auteure, ce n’est pas la perception que j’en ai eu.

Arrive ensuite le personnage de L., femme mystérieuse rencontrée lors d’une soirée et qui exerce immédiatement une grande fascination sur la protagoniste. L. écrit des biographies de personnalités, connaissant les rouages du métier, elle s’impose dès lors comme la directrice de conscience de la narratrice, allant jusqu’à se confondre avec elle.
Il ne me semble ni vrai, ni même vraisemblable qu’une récente connaissance dirige à ce point la vie d’un individu. De plus, le cliché d’une perfection cristallisée que l’on retrouve dans le personnage de L. m’a quant à lui agacé autant que sa préoccupation obsédante pour l’écriture de la protagoniste.
Le lien entre les deux femmes n’est pas aisément décelable et l’explication que le roman nous en donne ne justifie en rien une telle implication de L. dans la vie de l’auteure.

J’ai enfin ressenti un certain malaise face au propos récurrent du roman, la place du Vrai dans la littérature, car l’avis du lecteur semble une nouvelle fois orienter de manière significative le travail de l’écrivain.

Je pense avoir saisi la confusion qu’a voulu créer l’auteur, mais ses diverses tentatives de méta-littérature saturent le lecteur et ne me paraissent être qu’un ornement de plus pour faire apprécier le roman.

Couverture d'après une histoire vraie de Delphine de Vigan - JC Lattès

Résumé de l’éditeur (JC Lattès) :

« Tu sais parfois, je me demande s’il n’y a pas quelqu’un qui prend possession de toi. »

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18 réflexions sur “D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

  1. Je lis de plus en plus d’avis négatifs sur ce roman alors que moi je l’ai beaucoup apprécié. Je n’ai pas trouvé de fausse modestie de la part de l’auteure et je peux tout à fait comprendre la fascination que l’on peut avoir face à une personne qui a l’air tellement mieux que nous (même si c’est faux hein!). Je me suis vraiment plongée dans ce roman et j’essayais de déchiffrer le vrai du faux.
    Bises ma belle =)

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    1. Personnellement, j’ai trouvé que le motif de la rencontre mystérieuse était très « cliché » et j’ai beaucoup de mal avec ça. Mais en ce qui concerne la fausse modestie, c’est l’impression que j’ai eu, ce qui a été très gênant pour moi. Je suis contente que de ton côté, tu ais réussi à t’imprégner de l’histoire 🙂

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  2. Quand je l’ai lu… j’ai tenu genre une centaine de page et impossible d’aller plus loin tant ça m’énervais, pourtant j’ai déjà lu du Delphine de Vigan (No et moi) et j’avais beaucoup aimé mais là le coté auto-fiction m’a complètement ennuyé…

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  3. Très intéressante chronique. J’ai très peur de tomber sur un livre « prétentieux », comme « Histoire de la Violence » d’Edouard Louis. C’est ça qui a fait que je n’ai pas encore acheté le livre. Au vu de ton avis, je ne pense pas le lire, du moins pas de tout de suite.

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  4. J’ai zappé l’article dans mon Feedly : merci pour l’info !
    Depuis que Lançon m’a refroidie (je n’ai pas retrouvé sa chronique), je ne compte plus le lire et tu ne fais que rajouter de l’eau au moulin (je n’ai pas vraiment lu de billets négatifs chez les lecteurs non-pros). Ca m’a l’air en toc cette histoire, comme une pose.
    Par contre, j’avais beaucoup aimé Les heures souterraines (« pure » fiction, ce qui pour moi est important tant l’autofiction et ses avatars me déplaît en général).

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  5. Bonjour Plume Baroque,

    Je découvre ton blog de chronique littéraire avec cet article (je suis depuis quelques temps ton compte instagram, et j’ai eu envie de lire tes articles ^^)

    En quelques mots, j’ai beaucoup apprécié cette critique. Je n’ai pas lu le roman (et du coup je n’ai pas trop envie de me lancer >_>), mais tu donnes rapidement une vue d’ensemble assez complète de la structure du texte ainsi que des protagonistes. Ton style est clair, facile à lire tout en étant précis, et tu ne mâches pas tes mots. S’agissant de ce livre, ton point de vue est négatif mais argumenté, et respectueux du roman et de l’auteur. Très intéressant donc !

    J’ai hâte de lire tes autres critiques 😉

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  6. Comme je te le disais plus tôt, je m’étais moi aussi beaucoup ennuyée avec ce style pseudo modeste et des répétitions à n’en plus finir, mais la fin qui sème le trouble m’a totalement fait changer d’avis. En réalité, en en appelant au voyeurisme du lecteur, de Vigan dénonce à demi mot ce côté 100% vrai soi disant voulu par le public. Et le doute qui plane sur L. (personne réelle ou invention schizophrénique ?) nous fait relire le roman/récit d’un autre oeil.
    Après, c’est vrai, le style est lourd et le manuscrit aurait mérité un peu plus de corrections avant sa parution (et quelques passages à faire sauter également). Mais même si le fond flanche, la forme, le tout expriment le sens de l’écrit.
    J’espère que tes prochaines lectures seront meilleures, car il n’y a rien de pluq frustrant qu’une déception !
    Bonnes lectures,
    Lola.

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  7. Malgré les avis très divergents, j’ai toujours envie de lire ce roman (quand j’aurai lu le précédent de l’auteur) pour me faire mon propre avis. Je comprends tout à fait ce que tu as pu ressentir. C’est intéressant, je pense que je m’en souviendrai. Merci 🙂

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