Le cri du sablier de Chloé Delaume

crâne, fleur et sablier

L’avis de la Petite Plume :

Chloé Delaume retrace dans ce roman l’enfance d’une jeune fille en construction, amputée d’une enfance par un père violent et une mère qui attend d’elle qu’elle impressionne par son intelligence.
Alors que son calvaire semble prendre fin lorsque sa mère lui propose de fuir leur bourreau, c’était sans compter sur la barbarie de ce dernier qui tue alors sa femme avant de se suicider.
L’enfant est confiée à son oncle et à sa tante, qu’elle nomme « les hébergeurs », et qui, n’assumant pas l’éducation de cette jeune fille, à juste titre perturbée, préfèrent la confier à un psychiatre.

Comme le titre l’indique, le sablier est la pierre angulaire de l’œuvre de Chloé Delaume et symbolise aussi bien chaque partie de son père, chaque grain de son bourreau qui se cache en elle et qu’elle souhaite extraire que le temps qui passe mais auquel subsistent ces bribes d’horreur; l’intégralité du texte est en réalité une métaphore filée du sablier, éminemment bien introduite par le style si particulier de l’auteure.
Ce style, indéfinissable, donne l’impression au lecteur d’assister à la thérapie de l’auteure qui crache, vomit véritablement tous ses souvenirs sous ses yeux afin de s’en débarrasser au plus vite.
La plume de Chloé Delaume est vive, crue et tranchante, sans ménagement, sans subtilité mais si touchante et maîtrisée qu’elle a su me conquérir malgré les réticences premières qui arment chacune de mes lectures contemporaines.

L’histoire est centrée sur cet enfant, devenu adulte et donnant ses impressions sur son passé, pourtant, l’écriture est impersonnelle, la jeune fille est appelée « l’enfant », elle est comme dénuée de personnalité, amputée de sa vie.
Le style fait écho à l’histoire, emportant et impliquant le lecteur dans ce morceau de vie si singulier, puissant et déstructuré.
Toutes les armes pouvant toucher la sensibilité du lecteur sont ici si fortement sollicitées que ce récit, qu’importe les inclinations du lecteur, peut difficilement le laisser indifférent.

En définitive, je conseille vivement ce court récit qui a été pour moi un coup de cœur inattendu, joyau brut au genre comme au style hybrides, qui donne un nouveau souffle à la littérature contemporaine.

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Résumé de l’éditeur (folio) :

Le livre de Chloé Delaume est le récit d’une réminiscence. Il remonte le temps afin de faire voler en éclats un passé oppressant. Sa virulence a la puissance du cri. Véritable leitmotiv du roman, la métaphore du sablier se propage, se ramifie : elle dessine la figure centrale et traumatisante d’un père  » sédimentaire  » et d’une  » enfant du limon « . Ni pathos ni complaisance. Mais la tentative, à l’âge adulte, de répondre au questionnement d’un enfant, tentative rendue possible par une certaine douceur de l’ironie. Tout passe par le prisme d’une langue singulière, débordante d’inventions. Le style est démesuré, tantôt lapidaire, tantôt abyssal. Les mots se bousculent, deviennent envahissants, jusqu’à donner une impression de fusion

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5 réflexions sur “Le cri du sablier de Chloé Delaume

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