L’amant de Marguerite Duras

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L’avis de la Petite Plume :

L’Amant de Marguerite est une autofiction dans laquelle l’auteure nous raconte rétrospectivement le quotidien d’une jeune européenne de quinze ans grandissant à Saïgon, ses relations de famille, la découverte de sa sexualité, son amour impossible pour un chinois que la mentalité coloniale déplore à cette époque.

Les personnes ayant lu mon bilan du mois de Juillet se souviendront peut-être que le « Nouveau roman » n’est pas mon genre de prédilection, si l’absence d’histoire et le style trop peu littéraire ont eu raison de moi dans Tropismes, mon sentiment fut tout autre en refermant l’Amant.

J’ai découvert le « Nouveau Roman » sous un nouvel angle, tout d’abord grâce au style de Marguerite Duras qui, tout en étant simple et direct, répondant ainsi aux exigences du genre, a tout de même su me toucher.
Le fatalisme de la jeune protagoniste est en accord parfait avec la narration, l’aspect direct du style d’écriture est ici plaisant car de concert avec l’histoire racontée, forme un tout cohérent et d’autant plus pénétrant pour le lecteur.

J’ai également été touchée par le personnage de la jeune fille, cette adolescente qui prend conscience des choses de l’amour bien avant l’heure, abordant la vie avec une désillusion emprunte de sagesse.
Tandis que le sujet du roman se prête parfaitement à un apprentissage de la jeune protagoniste, cette précoce maturité qui la caractérise empêche le lecteur de croire à un tel développement, attirant son attention sur sa volonté d’effectuer seule son propre apprentissage, sachant à quelle triste fin sont destinés ses actes.
La lucidité dont fait preuve une si jeune personne est déconcertante et empêche, d’après moi, un certain jugement qui se voudrait moralisateur de la part du lecteur.
Consciente de la sensualité qu’elle dégage, elle en maîtrise l’usage comme une personne avertie.

L’histoire laisse place à peu d’espoir de rebondissements pour le lecteur, mais tout comme l’héroine, je me suis laissée prendre dans cet amour présenté comme impossible dès son commencement, profitant simplement de cette éphémère histoire sans rien en attendre.

Il est également question dans ce livre des rapports de la jeune fille avec ses frères, mais surtout avec sa mère, dont le caractère se révèle tout aussi ambivalent que les sentiments qu’elle éprouve et qu’elle inspire à sa fille.

En définitive, ma lecture fut une très agréable surprise. Je conseille fortement ce livre aux personnes qui, comme moi, souhaitent renouer avec ce genre ainsi qu’à ceux qui souhaitent le découvrir.

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Résumé de l’éditeur (les éditions de minuit) : 

« Dans L’Amant, Marguerite Duras reprend sur le ton de la confidence les images et les thèmes qui hantent toute son œuvre. Ses lecteurs vont pouvoir ensuite descendre ce grand fleuve aux lenteurs asiatiques et suivre la romancière danstous les méandres du delta, dans la moiteur des rizières, dans les secrets ombreux où elle a développé l’incantation répétitive et obsédante de ses livres, de ses films, de son théâtre. Au sens propre, Duras est ici remontée à ses sources, à sa “ scène fondamentale ” : ce moment où, vers 1930, sur un bac traversant un bras du Mékong, un Chinois richissime s’approche d’une petite Blanche de quinze ans qu’il va aimer. Il faut lire les plus beaux morceaux de L’Amant à haute voix. On percevra mieux ainsi le rythme, la scansion, la respiration intime de la prose, qui sont les subtils secrets de l’écrivain. Dès les premières lignes du récit éclatent l’art et le savoir-faire de Duras, ses libertés, ses défis, les conquêtes de trente années pour parvenir à écrire cette langue allégée, neutre, rapide et lancinante à la fois capable de saisir toutes les nuances, d’aller à la vitesse exacte de la pensée et des images. Un extrême réalisme (on voit le fleuve, on entend les cris de Cholon derrière les persiennes dans la garçonnière du Chinois), et en même temps une sorte de rêve éveillé, de vie rêvée, un cauchemar de vie : cette prose à nulle autre pareille est d’une formidable efficacité. À la fois la modernité, la vraie, et des singularités qui sont hors du temps, des styles, de la mode. »

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16 réflexions sur “L’amant de Marguerite Duras

  1. C’est franchement un très bel avis, qui est bien construit ! Le style de Marguerite Duras est très agréable à lire, et l’Amant est une bonne découverte de l’auteur. J’admets m’être un peu lassée au cours de la lecture, mais bon, c’était tout de même intéressant de découvrir cette oeuvre.

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