Du domaine des Murmures de Carole Martinez

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L’avis de la Petite Plume :

Esclarmonde, jeune héritière du domaine des Murmures, refuse d’honorer le mariage que son père avait organisé pour elle, préférant la réclusion à vie afin de se consacrer à Dieu.
Ses projets se verront chamboulés par un événement inattendu et les rôles antagonistes qu’elle devra finalement incarner.

Difficile pour la femme d’aujourd’hui d’imaginer préférer une réclusion solitaire et perpétuelle à un mariage, mais notre protagoniste vivant en plein cœur du Moyen-Age, au XIIème siècle, n’a d’autre alternative que celle de payer de sa liberté physique le prix de sa liberté morale.

J’ai été séduite par la démarche féministe de l’auteure à travers le personnage de la protagoniste, mais plus généralement par la part belle faite aux femmes présentes dans le roman.
Intelligente et réfléchie, Esclarmonde incarne parfaitement une sorte de femme émancipée avant l’heure, allant à l’encontre du sort réservée à la gente féminine de son époque, elle se voit contrainte de se murer définitivement dans une cellule où elle consacrerait sa vie à Dieu, un emprisonnement qui est en réalité le seul échappatoire à un destin dont elle ne voulait pas.

Le contraste entre les deux sexes est frappant, les hommes, qu’il s’agisse de Lothaire, Marc ou du père de notre héroïne, sont, à l’exception des hommes d’Eglise, décrits comme dépravés, tandis que les femmes sont présentées comme loyales et morales.

L’auteure a su retranscrire la difficulté qu’éprouve Esclarmonde à vivre ainsi emmurée, loin de cette nature et de cet environnement extérieur qu’elle a toujours connus.
Ce mal-être est accentué par la vision de ses contemporaines, notamment Bérengère, incarnant la liberté, prenant véritablement possession de la nature environnante jusqu’à se confondre avec elle.

Le roman est teinté de mysticisme, comme en témoigne la divinisation d’Esclarmonde, devenue la prophétesse du domaine des Murmures. Les habitants verront dans sa réclusion la fortune du domaine, la mort ne s’étant abattue sur aucun d’entre eux depuis l’enfermement de la protagoniste, mais également l’expiation des péchés des hommes du domaine.
La divinisation de la jeune femme prend toute son ampleur après la naissance d’Elzéar à la suite de laquelle elle se voit comparée à la plus grande figure féminine de la religion catholique, la Vierge Marie, bien que cette naissance n’ait en réalité rien de comparable à celle du Christ.

J’ai apprécié le fait d’être plongée en plein cœur du Moyen-Age, période que j’affectionne particulièrement, qu’il s’agisse du contexte historique des croisades, des croyances ou encore des mœurs de l’époque, Carole Martinez nous offre un conte qui m’a emporté bien loin du XXIème siècle.
Le style d’écriture est quasi-poétique, nous rappelant un peu le genre privilégié de l’époque mise à l’honneur, l’auteure y intégrant toutefois certaines réflexions aiguisées et crues de l’héroïne, tranchant avec l’amour courtois médiéval.

En définitive, j’ai particulièrement apprécié le contexte de l’histoire ainsi que la profondeur que l’auteure a su donner aux personnages malgré la courte taille du roman, je conseille vivement cette œuvre au genre nouveau, emprunt de mysticisme comme de noirceur, dualiste et délectable dans tous ses aspects.

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Le résumé de l’éditeur (éditions folio) :

En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire «oui» : elle veut faire respecter son vœu de s’offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe…
Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l’entraînera jusqu’en Terre sainte.
Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe. Elle nous emporte dans son univers si singulier, rêveur et cruel, plein d’une sensualité prenante.

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11 réflexions sur “Du domaine des Murmures de Carole Martinez

  1. Encore un roman à côté duquel je suis passée alors… Tant le style que le fond m’ont échappé. J’ai un autre roman du même auteur à découvrir. Peut être l’apprécierai je mieux.

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  2. Je viens de le lire et je suis exactement du même avis que toi ! Deuxième livre qui se passe au MA que je lis et deuxième coup de coeur, je te conseille d’ailleurs vivement Le roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod, qui conte le premier mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Louis VII =)

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  3. Je l’ai justement lu il y a deux ou trois jours et je dois faire mon billet. Quel beau texte! Et que de surprises, je ne m’y attendais pas. On m’a offert La terre qui penche, deuxième roman du cycle sur les femmes de C. Martinez. J’ai hâte!!!

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