Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin

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L’avis de la Petite Plume :

Morlac, jeune paysan berrichon, rentre décoré de la guerre. Pourtant, il croupit au fond d’une cellule en attendant que son affaire soit instruite, avec pour seuls compagnons son geôlier bourru ainsi que son chien qui ne cesse d’aboyer devant la prison. Pour quelle raison ?
Le lecteur accompagne le juge Lantier du Grez tout au long de son enquête dont le fidèle compagnon du prisonnier détient la clé.

Le roman de Jean-Christophe Rufin nous fait part d’une belle histoire, mais surtout d’une réflexion menée par le prisonnier Morlac qui fait également réfléchir le lecteur.
Il pose notamment le problème de la valeur de ces idéaux au nom desquels tant d’hommes ont péris, mais amène également le lecteur à réfléchir sur le fait que l’humanité est sans doute l’aspect qui différencie l’homme du soldat.

J’ai apprécié l’initiative de l’auteur d’explorer des facettes de la guerre bien méconnues, comme l’envoi des soldats occidentaux en Orient, nous faisant ainsi part des conditions de vie et de combat peu similaires aux habitudes territoriales de ces soldats.
J’ai également été touchée par la mise en avant, trop rare selon moi, de la loyauté du chien, ainsi que plus généralement du soutien et du réconfort qu’apportaient ces « animaux de guerre » aux soldats, comme en témoigne Guillaume, pourtant séparé de son maître durant sa détention, mais lui restant toujours loyal et fidèle qu’importe son propre bien-être. Cet aspect du livre m’a réellement touchée, l’auteur a, par le biais du rôle de Guillaume, su montrer le dévouement sincère et unilatéral du chien pour celui qu’il considère comme son maître.

Concernant l’atmosphère du roman, l’auteur a laissé planer de façon subtile et ingénieuse le leitmotiv du huis-clos, notamment par le rappel d’une atmosphère étouffante, de cette manière, l’histoire qui ne se déroule pas littéralement en huis-clos garde toutefois le lecteur confiné dans un espace défini par l’auteur.

Mais l’aspect du livre qui a retenu mon attention est le caractère destructeur et ravageur de la guerre rapporté à l’individu, car si beaucoup d’œuvres relatent des pertes titanesques en nombre d’hommes, des grands blessés de guerre ou encore des dégâts matériels, j’ai plus rarement eu l’occasion de lire un ouvrage s’intéressant aussi directement aux conséquences psychologiques de la guerre sur un soldat a priori rentré sans blessures.
J’admire le fait que le livre ne relate pas de la victoire de l’après-guerre que l’on retrouve dans tant d’ouvrages, mais bien de la nécessité d’une reconstruction.

J’ai toutefois reposé mon livre avec un léger sentiment d’inachevé, et ce pour diverses raisons.

J’ai en effet trouvé certains passages disproportionnés par rapport à la longueur du livre (160 pages), les réflexions et les pérégrinations du juge sont trop importantes, car bien qu’intéressantes et pouvant aider le lecteur dans la compréhension du personnage de Morlac, elles ne sont, selon moi, pas toujours pertinentes par rapport au fil conducteur de l’histoire qui met en lumière un aspect bien particulier du prisonnier, à savoir les raisons de sa détention et de l’acte qui l’y a conduit. De ce fait, l’importance de ces passages aurait sans doute été justifiée dans un plus ample roman, mais ne méritaient pas nécessairement d’occuper une si longue partie de celui-ci.
De même, je me suis posée la question de la nécessité d’un tel développement du personnage de Valentine, paysanne de qui Morlac fut très proche. Le lecteur est tenu en haleine durant tout le roman par le rôle de cette mystérieuse femme, tranchant avec le dénouement qui ne laisse finalement percevoir, selon moi, qu’un lien étroit entre l’acte pour lequel le prisonnier fut condamné et la jeune femme.
Enfin, ma dernière déception concerne le dénouement du roman, je n’en dirai pas long pour ne pas trop en révéler aux éventuels lecteurs, mais la prise de conscience de Morlac, aidé en cela par le juge a été, selon moi, amenée trop rapidement, sans réellement nous y préparer, j’aurais préféré que cette dernière réflexion soit menée plus en profondeur.

En définitive, l’auteur rend un très bel hommage aux véritables protagonistes de cette histoire. Le message transmis est fort, mais l’histoire aurait gagné en profondeur si elle avait été développée dans un plus ample roman.

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Résumé de l’éditeur (folio) :

Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l’été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d’une caserne déserte.
Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit.
Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère.
Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes.

Trois personnages et, au milieu d’eux, un chien, qui détient la clef du drame…

Plein de poésie et de vie, ce court récit, d’une fulgurante simplicité, est aussi un grand roman sur la fidélité.
Être loyal à ses amis, se battre pour ceux qu’on aime, est une qualité que nous partageons avec les bêtes. Le propre de l’être humain n’est-il pas d’aller au-delà et de pouvoir aussi reconnaître le frère en celui qui vous combat?

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9 réflexions sur “Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin

  1. Très beau résumé de ce livre. Personnellement ce n’est pas la fin qui m’a gené mais plutôt le début. En effet, j’ai eu du mal à me mettre dans l’histoire mais une fois prise, je l’ai lu d’une traite. Je compte lire son livre sur Saint Jacques de Compostelle, espérant retrouver cette simplicité d’écriture fort agréable.

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