Le Procès de Franz Kafka

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Cette réflexion a été faite à partir de l’œuvre Le Procès de l’édition folio classique, préface de Claude David.

L’isolement moral de Joseph K :

L’aspect qui a attiré mon attention dès le début du roman est l’atmosphère lourde et étouffante dans laquelle vit Joseph K.
En effet, on peut observer la récurrence des réflexions du narrateur sur la difficulté qu’éprouve le protagoniste à demeurer dans un endroit où « l’air est trop épais », « si lourd et oppressant », « à peine respirable ».
Mon hypothèse tient en ce que Joseph K. éprouve les effets de sa « condamnation », alors même que celle-ci ne sera jamais prononcée.
K. reste libre de mener sa vie comme auparavant, mais son accusation lui fait l’effet d’un véritable emprisonnement et le plonge dans la plus grande solitude.
Petit à petit, il se sent dépossédé de sa propre vie, et commence, peut-être inconsciemment, à se convaincre lui-même de l’issue négative de son procès et de sa culpabilité.
Afin d’appuyer cette hypothèse, on notera que K. se sent « surveillé » et observé à chaque instant du roman.
Le chapitre se déroulant dans la cathédrale offre une hypothèse pouvant nous éclairer sur cette impression d’observation.
Ainsi, si l’on met en parallèle l’histoire de la sentinelle et du paysan qui souhaite connaître la Loi, on peut en déduire que chaque personnage que rencontre K. représente cette sentinelle, ils sont au service de la Loi, cette Loi générale et universelle, et sont, par la même, chargés de surveiller l’accusé qui cherche à connaître cette Loi, sans toutefois y parvenir.
Cette comparaison permettrait également d’expliquer l’importance que tient le vice chez chacun de ces personnages, corrompus pour la plupart, qui, tout comme la sentinelle, sont au service de la Loi et lui tournent donc le dos, sans la connaître.

La connaissance de la Loi universelle : 

Toutefois, la question qui nous tient en haleine durant tout le long de l’œuvre est celle de savoir de quoi notre protagoniste est accusé.
Nous n’en aurons jamais la réponse et ne pouvons qu’émettre des hypothèses.
Les dernières pages nous guident toutefois vers « la connaissance de la Loi » qui semble être la clé de la liberté de K.
Reste cependant à savoir si l’on parle de loi morale ou de loi civile.
Bien que l’on retrouve certaines figures de notre justice traditionnelle, telles que l’avocat, l’huissier, le juge d’instruction, qui sont physiquement palpables dans le roman, d’autres figures, les « hauts fonctionnaires », qualifiés par les personnages du roman comme les « cours de justice inaccessibles » nous apparaissent comme des créatures suprêmes qui ne se présenteront jamais sous forme humaine.
Ce « tribunal » suprême se servirait alors des figures de notre justice traditionnelle, non pas comme instances inférieures, mais uniquement comme sentinelles.
Cette hypothèse permettrait de justifier le fait qu’aucun de ces hommes de loi ne semble prêter attention à K. lors de son interrogatoire, ne connaissant pas plus que lui la raison de son accusation, cette raison étant laissée à l’appréciation souveraine de ces mystérieux juges.

L’influence existentialiste : 

Les lecteurs du procès ne manqueront pas de remarquer la grande influence des philosophes existentialistes Kierkegaard ou encore Nietzsche sur la trame de fond de l’œuvre de Kafka.
Car si le Procès peut paraître opaque après une première lecture, j’ai toutefois retrouvé dans le sens sous-jacent les grandes lignes du mouvement existentialiste.
Ce mouvement justifierait sans doute la culpabilité de Joseph K. en s’appuyant sur l’existence d’une Loi universelle à laquelle le protagoniste s’oppose. La marginalité morale de Joseph K. le rendrait seul juge de ses actes selon des critères subjectifs qui s’opposent à la norme universelle et rationnelle.

Le procès de K. est donc perdu d’avance et le mène, sans autre forme de procès face à ce mille-feuille bureaucratique et juridique, vers une fin fatale à laquelle il n’aurait pu échapper, n’étant coupable que de vivre selon ses propres lois.

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5 réflexions sur “Le Procès de Franz Kafka

  1. Ta réflexion est très intéressante ! J’avais justement prévu de lire Le Procès car en cours (je suis en science politique), nous avons parlé de l’administration et une prof nous avait cité ce livre en illustration. Merci pour tes explications 🙂 Ça me donne à nouveau envie de le lire.

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  2. Pour pousser encore un peu plus loin la réflexion, ces grands principes qui sont personnifiés dans des hauts fonctionnaires qu’on ne verra finalement jamais, représente peut-être l’absurdité de toutes les règles universelles qu’on nous impose. Or, le premier rapport que l’humain a avec cette absurdité, c’est les interdictions dans l’enfance. « Une règle est une règle, il faut la respecter », phrase qui en dit long sur la justification stérile de ce poids qui nous suit toute notre vie. Sans pouvoir y accéder, on nous empêche de comprendre en nous disant qu’on « comprendra plus tard » et que l’attente de la maturité est inévitable. F. Kafka n’aurait-il pas donner une métaphore de l’enfance dans un monde de grandes personnes?

    Pour information nous le mettons en scène au Théâtre de Ménilmontant (Paris) les 10 et 11 décembre 2015 à 19h, n’hésitez pas à venir, car pour ceux qui n’ont pas aimé c’est bien plus digeste en spectacle (on se rend compte du pouvoir comique et de toute la profondeur de l’univers kafkaïen) et pour ceux qui avaient déjà apprécié, ça vous donnera une nouvelle façon d’appréhender le roman, plus visuelle, plus esthétique et grâce à la « magie » du théâtre, plus intensément.

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